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Par Misslulle

  • MissLulle, Lulle pour les intimes
  • Petite et Fée-mère
(donc pas toujours dispo)
  • Petite et Fée-mère (donc pas toujours dispo)

Ce blog vit de tes commentaires mais en plus, si tu es gentil, il réalisera le fantasme caché de ta mère... Si ! 

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Le contenu de ce blog n'est pas libre de droit, bien entendu.
Il représente un travail personnel (de qualité variable certes mais job tout de même) que je suis ravie de partager avec toi par ce biais.

8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 12:00

AfficheJoanBaez.jpgIl y a des personnes, des choses qui traversent votre vie et puis d'autres qui s'y incrustent et vous poursuivent ou vous entraînent. Mathématiquement parlant, si la vie était linéaire (ça se saurait, je sais), il y aurait des perpendiculaires et des parallèles. Heu... Vous êtes encore là ? Ben oui, je suis nulle en maths, je déteste, sauf les casse-têtes et le côté historique. On a les compétences qu'on cultive, non ?

Tout ça pour vous dire qu'une de mes parallèles est la musique, notamment celle de Joan Baez. J'ai été bercée avec Baez, Cohen, Simon and Co. Je me suis affranchie de l'autorité avec du Baez (bigre !). J'ai fumé, bu et aimé avec du Baez (sans jeu de mots). Et puis, j'ai bercé à mon tour avec... Joan Baez! Alors forcément quand ma parallèle remonte sur scène, dans une salle intime, à Paris, et pour l'anni de Madame M., oui forcément je fonce réserver mes 2 places : une pour toi, une pour moi, Lover ? Il n'aime pas les concerts...

Donc soirée revival avec ma mère. T'y crois toi ? Abonnée aux plans galères depuis des lustres, je me suis habituée mais ma mère, elle, n'est pas prête. Alors, Monsieur le Destin, si ce soir tu pouvais favoriser mon karma et évacuer toutes les forces négatives pour que Mum puisse voir son idole, ça serait cool. Depuis un mois elle me demande le plan d'action de la soirée, me décrit tous ses essayages vestimentaires, elle est drôle mais c'est long. Un mois, quoi ! Alors le matin du jour J, je craque et je check quand même. Voiture : OK et avec le plein. Billets : OK. Kleenex : OK. Combien ? Deux paquets, j'en ajoute deux autres. Carte de stationnement : OK. GPS : et puis quoi encore ! C'est Paris, pas la toundra de l'Oural. 7h du mat, je décolle. Grrrr, cinq kilomètres et je suis déjà dans les embouteillages... La journée va être longue, j'ai prévu deux heures d'embouteillage, c'est juste ou pas ? Parce que Paris pour moi, ça se vit en transports en commun, sinon tu ne peux rien apprécier.

J'arrive encore en retard au job mais juste à l'heure pour le premier appel de Madame M., "oui, c'est le grand jour, rendez-vous à 18h pour un petit verre et puis en route" "tu es certaine qu'on aura le temps ?" "Mmm, ça va être difficile, mais je pense qu'on peut réussir. Tu sais les Grands Boulevards, ce n'est pas très loin de Place d'Italie." Deux heures plus tard, deuxième appel. "Je crois qu'il est préférable, ma puce, d'y aller directement. J'ai peur d'être en retard". Mmm, la journée va être très longue. Dernier appel à 16h, "mon coeur, je ne veux pas te déranger, je suis juste à côté de ton bureau" "Ok Maman, mais on a rendez-vous dans deux heures..." "Ne t'inquiète pas pour moi, je sais m'occuper, voyons !" Mouais, je ne m'inquiète pas pour elle mais plutôt pour moi, il faut l'avouer. Je suis sûre qu'elle sera dans mon bureau dans une heure. Gagné ! Elle plane tellement qu'elle ne me reconnaît même pas lorsque je lui ouvre la porte, elle me demande avec une petite voix appliquée "Je m'attendais à voir un monsieur, je me suis peut être trompée d'adresse ? J'ai rendez-vous avec ma fille." C'est clair comme du jus de chaussettes ! Heureusement que c'est moi qui lui ouvre ET que je suis seule à l'étage pour l'instant ! Ma maman ne s'est jamais droguée, inutile, elle est tombée dedans quand elle était petite. "Oui, Mum, c'est moi, entre." " Ohhh ! Je ne t'ai pas reconnue tu es si grande, tu mets des talons ?" "Heu... des fois, surtout quand je me sens grosse..." Elle ricane, puis elle parle, elle pleure, elle parle encore, le concert est dans trois heures et elle stresse grave. Je lui propose une tisane mais elle préfère le café, si si, elle y tient. Faut bien tenir à quelque chose, hein. Pour l'instant je me concentre bien pour tenir la distance, alors...

Le job est fini, direction la voiture. Je case ses sacs, ses emplettes, ma mère et direction Bonne Nouvelle. Je mets la radio pour la détendre, ma mère ne conduit plus mais critique très bien, freine fermement du côté passager, s'accroche à chaque virage et crie aussitôt qu'une voiture se tient à ses côtés. Je ne parle même pas des motards ! Tiens, quelle bonne idée ! La prochaine fois, je la sors à moto, avec le casque je ne devrais pas l'entendre. Comment ça je n'ai plus de moto ? Note pour plus tard : revendiquer l'urgence d'une Ducati (noire mate) !

Première phase accomplie, la voiture est garée, Madame M est toujours vivante et continue de soliloquer pendant que je recherche rageusement mes cigarettes dans mon big big sac. 'tain, mais elles sont où, arghhh. "Tu sais, ma chérie, je mangerais bien quelque chose car les émotions me creusent." Ah ouais. Mais moi à 18h30, je boirais bien un verre, on peut trouver un bar à tapas pour un compromis. "Non non, ohhh, regarde celui-ci, il a l'air magnifique." Oui, la Belle Ville est un cadre exceptionnel. C'est une ancienne maison close qui a gardé son escalier colossal et un plafond en mosaïque, auquel on a ajouté des guéridons jolis mais inadéquates pour mes jambes qui n'ont su trouver leur position. Et puis surtout, c'est un restaurant et JE n'ai pas faim. Mais elle semble s'en ficher, elle a déjà repéré le foie gras avec le réduit de coca. Bon, résistance passive, je commande donc un verre de chablis accompagné de croustillants de crevette. Les plats arrivent, se heurtent sur la table lilliputienne. "Le verre de vin ?" C'est pour moi, ça ne se voit pas ? Donne, je vais le tenir, merci. Je savoure en tentant de décrypter la frise faite à la main mais avec du coeur. En fait elle me donne un peu mal au ventre, elle parle d'estomac, de digestion, de langues entremêlées... 'tain ! C'est dégueu ! "On pourrait avoir l'addition" Hein ? Mais qui parle ? Quoi, on s'en va ? "Et bien oui chérie !" Elle a encore oublié Nanasse à la fin...

Nous sommes devant la salle, elle me transperce le bras avec ses ongles. Un homme me demande si je vends mes places. J'hésite de lui proposer d'accompagner ma mère, et puis non, c'est mon spectacle à moi aussi ! "Fais attention chérie, on pourrait nous attaquer pour nous prendre nos places." Mais pourquoi n'a-t-elle pas bu ? Nous grimpons les escaliers, nous nous écroulons dans nos fauteuils en velours rouges, les spectateurs affluent et je les observe. J'avais peur de me trouver dans une concentration Power Flower, une soirée de vieux chevelus sur le retour (et très envie en même temps, mais ça ne se dit pas paraît-il. Alors, je ne le dis pas). Oui, il y en avait quelques uns mais pas que ! Des enfants bercés par du Joan Baez, emmenant leurs propres rejetons (écoute, Papi me jouait cette chanson à la guitare), leurs géniteurs (tu te souviens quand je te chantais celle-ci ?), leurs amoureux (et puis celle-ci, les paroles sont si puissantes !), leurs meilleures amies (elles ont appris les paroles par coeur et lèvent le point haut et fort). Ils sont tous là et nous sommes magnifiques. Pendant plus de deux heures de chants, Joan Baez a transmis joie et amour à plusieurs générations, nous a offert des souvenirs et rééquilibré nos énergies. Quelle belle dame !

En s'arrachant de la salle, le calme règne. Il n'y a pas de bousculade, les spectateurs sourient et restent silencieux (même ma mère !). Chacun observe timidement les autres, tient les portes, chantonnent. Il s'est passé quelque chose dans cette salle. C'est palpable. C'est bon.

 

Pour info, un nouveau passage au mois d'octobre au Grand Rex : ici

Mais en attendant quelques petits instants de pur bonheur.

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